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ReportageAssaida al Horraou la quête d’autonomie des marocaines Assaida al Horra, c’est la "libre", celle qui arrive à défaire les chaînes du système patriarcal et à faire ses propres choix tout en étant fière de sa condition féminine. Par Anne Audouin Assaida al Horra, c'est ce combat mené par une association féminine et féministe de la région de Tétouan (Nord du Maroc) afin de faire reconnaître les droits de la femme, dans toutes leurs dimensions, par l'ensemble de la société. Il s'agit de rendre leur dignité aux femmes marocaines, cette dignité intrinsèque qui leur est si souvent refusée. Il s'agit de construire une société où l'homme et la femme sont égaux en tant qu'individus et construisent ensemble une démocratie marocaine. Il s'agit donc de réconcilier la société avec elle-même. Ces militantes féministes ne cherchent pas à imposer une "libérée" avec toutes les connotations négatives que voudraient y associer leurs opposants; elles visent à bâtir les conditions d'une autonomie féminine, comprise comme la possibilité pour la femme d'être reconnue actrice de sa propre vie sans être soumise au joug de la h’chouma (la "" collective qui est souvent associée au corps de la femme, tabernacle de l'honneur de la famille). Assaida al Horra, c'est aussi l'histoire d'une quête d'autonomie des militantes. En effet, les associations féministes marocaines se sont pendant longtemps trouvées soumises aux priorités et impératifs électoraux des acteurs classiques de la scène politique marocaine (y compris ceux des partis politiques de gauche). Toujours aux premiers rangs de la contestation sociale pendant les "années de plomb", elles ont réalisé que donner une véritable chance à leurs revendications supposait se constituer en corps indépendant des partis politiques. Elles ont ainsi donné de la voix à leur mouvement et se sont érigées en force d'action et de pression. Aujourd'hui, ces associations féminines sont devenues un moteur incontestable de la société civile marocaine qui capitalise tous les espoirs de transition démocratique. Bref, de belles idées pour une femme marocaine qui pourrait choisir ses propres normes tout en demeurant attachée à sa culture…mais des idées qui resteraient sûrement lettre morte si ces militantes chevronnées ne mettaient en place une stratégie de contournement permanent. Car, comment prétendre changer le droit et la coutume sans mener une action de terrain tendant à provoquer un changement des mentalités? Si Mohamed VI a fait preuve d’une certaine forme de modernisme en usant de son pouvoir temporel et religieux pour faire évoluer la Moudawana (Code de la Famille), le fossé entre les nouvelles normes et les représentations collectives demeure béant. Et il arrive fréquemment que les femmes soient les premières réticentes à admettre l'existence de leurs droits. Cela est peut-être encore plus vrai à la campagne ou dans des villes périphériques comme Tétouan. Et c'est bien là que réside l'originalité et le dynamisme de Assaida al Horra, cette jeune association qui s'attache à mener une action qui touche les femmes et leur entourage dans le moindre geste de leur quotidien. Même si la priorité de l’association demeure toujours le plaidoyer politique en faveur de l’égalité des sexes, Assaida al Horra ouvre des centres au gré des besoins exprimés par les populations féminines de quartiers plus ou moins défavorisés. Les activités et les services qui y sont proposés sont divers et variés, mais tous cherchent à donner aux femmes les moyens de faire leurs propres choix: formation professionnelle (artisanale, couture, informatique, linguistique.), coopérative, cours d'alphabétisation et de conscientisation civique, centres de santé, centres d'écoute et d'orientation psychologique et juridique, présence d'une bibliothèque centrée sur le sujet de la femme. A tout cela s'ajoutent les campagnes d'information sur la santé reproductive et le planning familial, le porte-à-porte pour promouvoir l'éducation des petites filles, l'organisation de conférences et de manifestations. Et le nombre croissant de femmes qui viennent spontanément à l'association rend parfois superflues les campagnes de sensibilisation. Dès lors semble s’élaborer un échange, voire un "contrat", entre les militantes et les bénéficiaires. D’un côté, on propose un "produit politique" tout en répondant à des besoins concrets nés du désengagement de l’État, et l’on accepte dans une certaine mesure de concilier avec les contraintes sociales et familiales des femmes marocaines. De l’autre, on reconnaît une certaine légitimité à l’association en se rendant aux centres, et toute bénéficiaire doit s’engager en contre partie à assister aux cours de conscientisation civique; souvent, elles décident de participer aux manifestations organisées par l’association, elles parlent de l’association à leurs proches, elles commencent à revendiquer un plus grand respect de leurs droits ; et parfois, certaines bénéficiaires deviennent membres à leur tour, faisant le choix d’être militantes à part entière. Assaida al Horra incarne ainsi un combat quotidien de longue haleine pour changer les mentalités sur le long terme, pour faire avancer les droits des femmes et donc pour faire avancer le Maroc. Ces femmes militantes ne respirent que grâce à cet engagement pour leurs semblables, et elles ne sont pas prêtes de baisser les bras. Avril 2006 |
Sommaire InternationalEntre impératif familial et liberté sexuelle L’homosexualité en Chine Quelle émancipation pour les Sud-Coréennes? Où sont les filles asiatiques ? AUNG SAN SUU KYI Ou la démocratie "fragile " Le voile, le corps et la course Jamaican women in Reggae Sur le machisme au Mexique Assaida al Horra ou la quête d’autonomie des marocaines Football et amateurs de femmes je ne veux pas vous gâcher la fête mais… | ||||||
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