![]() |
|||||||
Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels |
Jeux interactifs![]() |
||||||
| A la Une | Société | Economie | International | Culture | Infos Pratiques | Définitions | Actions |
AnalyseIl faut voir comme on nous parleNous disons ou entendons tous les jours des insultes auxquelles nous n’attachons pas d’importance, après tout ce ne sont que des insultes. Pourtant, s’il on fait bien attention elle ont un sens qui n’est pas innocent: elles sont toutes soit sexistes, soit homophobes. Par Aurélie Plaçais Alors que la majorité des insultes à caractère racistes comme ‘bougnoule’, ‘sale nègre’ ont disparu (au premier degré) du langage de la rue, la quasi-totalité des gros mots aujourd’hui portent atteinte à la dignité des femmes et des homosexuels. Avec une caractéristique très étonnante, les insultes à destination des hommes ne sont pas du tout les mêmes que celles à destination des femmes. Si dans quelques très rares cas l’insulte existe au féminin et au masculin, elle n’a ni le même sens, ni la même connotation. ‘Salope’ est une insulte beaucoup plus forte pour une femme que ne l’est ‘salop’ pour un homme. ‘Salop’ s’écrit d’ailleurs aussi ‘salaud’ pour bien marquer la différence de sens avec le féminin. Des insultes sexistesLes insultes à l’encontre des femmes se réfèrent à deux caractéristiques attestant de la domination masculine: leur supposée stupidité naturelle et trop grand appétit sexuel. Les blagues sur les blondes constituent un autre exemple caractéristique. Il faut savoir qu’en Belgique, et même en France, ‘ma blonde’ est synonyme de ‘ma femme’, et donc les blagues sur les blondes sont en réalité des blagues sur la gente féminine dans son ensemble. Pourquoi ces blagues sont-elles sensées être drôles? L’humour en général est basé sur un décalage entre une situation dite ‘normale’ et la situation comique en question. Ici, c’est en général des réponses idiotes, ne pas savoir combien font 1+1, ou des actions stupides des ‘blondes’ qui sont totalement en décalage avec la façon ‘normale’ de réagir des hommes qui provoque le fou rire de la gente masculine. Parce qu’au cas où ils n’auraient pas remarqué, ça ne fait rire qu’eux. Et après, ils disent que les femmes n’ont pas d’humour... Les insultes à l’encontre de la dignité des femmes ont aussi un deuxième sens: non seulement les femmes sont dépourvues de toute intelligence, mais elles sont aussi dévorées par un appétit sexuel démesuré. C’est ainsi qu’une jeune fille en jupe peut sans aucun effort se faire taxer de ‘pute’ ou de ‘pétasse’. Ou même pour n’importe quelle raison, la première idée qui surgit pour être insultant envers une femme c’est de l’assimiler à une ‘péripatéticienne’ et autre ‘pouffiasse’. Cela rejoint la théorie psychanalytique qui veut que pour l’homme, la femme est soit une mère, soit une ‘catin’. Le nombre de synonymes pour désigner les prostituées est impressionnant et très significatif. Des insultes homophobesLes insultes en direction des hommes touchent toutes à leur masculinité dans ce qu’elle a de plus machiste: insulter leur mère, les identifier à des homosexuels ou à des femmes. Elles visent tout ce qui en vient à remettre en cause le fondement même de leur identité de genre et de sexe: celle d’un homme hétérosexuel puissant. Celles qui attaquent le modèle de la mère sont souvent perçues comme les plus violentes. On retiendra particulièrement ‘bâtard’, ‘fils de pute’ ou encore ‘nique ta mère’, ne citer que les plus célèbres. Ici, la référence irrespectueuse à la mère est d’autant plus grave pour ceux qui se reconnaissent dans le modèle du machiste qu’elle assimile la mère à la prostituée. Or c’est toucher à leur honneur que de réunir ces deux modèles. Bien entendu, la faute est toujours imputée à la mère. La violence verbale passant par le ‘délit d’homosexualité’ est aussi ressentie comme très provocante par de nombreux hommes. C’est comme s’ils concevaient une terreur à l’idée que l’on puisse remettre en cause leur hétérosexualité d’où ils tirent, pensent-il, leur puissance. Depuis de nombreuses années, notre société a compris qu’il ne s’agit ni d’une maladie, ni d’une tare que d’être attiré par une personne du même sexe que le sien. Pourtant, les insultes comme ‘pédale’, ‘enculé’, ‘PD’ vont explicitement référence à cette sexualité qui est toujours comprise comme ‘anormale’. D’ailleurs, l’amalgame est très souvent fait pour ‘PD’ entre ‘pédéraste’ et ‘pédophile’, preuve que les insultes sont souvent prononcées sans prendre gare à la signification qu’elles véhiculent. Enfin, signe de rabaissement extrême, la comparaison avec les femmes représente l'échec de l'homme dans sa conception virile de la masculinité. Etre traité de 'femmelette' n'a pas d'équivalent au féminin, ou peut-être 'garçon manqué', mais c'est quand même manqué! Sous une autre forme, pour vraiment dévaloriser son adversaire masculin, il est possible de lui crier des insultes généralement réservées aux femmes du style 't'es vraiment une pute' Le répertoire des insultes sans cesse renouvelé atteste bien des discriminations qui perdurent toujours à l’heure actuelle à l’encontre des femmes et des minorités sexuelles dans les représentations collectives. Février 2006 |
Sommaire SociétéLa coupe menstruelle libère les femmes Violences socio-économiques faites aux femmes : état des lieux Le retour du Macho Qu’avez vous fait des violences sexuelles? Barbie et Action Man Femmes migrantes séropositives : la triple peine Protégeons L Transsexquoi? Complexe de supériorité Le ‘ré-enfantement’ du monde Il faut voir comme on nous parle Chirurgie dé-constructive de beauté Dove, ou l’exploitation du ‘être-femme’ Maman t’aime, et papa aussi Les hommes dans les vestiaires... L’autre prostitution Football et amateurs de femmes : je ne veux pas vous gâcher la fête mais… |
||||||
| Contacts | Qui sommes nous ? | Plan du site | |||||