Titre: Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels

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Opinion

Un certain complexe de supériorité

"Je n’ai rien contre eux du moment qu’ils me laissent tranquille". Cette remarque consternante, combien de fois l’avez-vous entendu de la part d’hommes apportant un jugement plein de ‘tolérance’ à l’égard des homos? Messieurs, restons sérieux! Vous croyez-vous si désirables que les gays ne peuvent que vous sauter dessus?

Par Boris Venon

Combien de fois est-on amené à constater cette arrogance de certains mâles hétérosexuels conquérants? Quelle idée saugrenue a pu germer dans leur esprit, leur procurant ce sentiment de leur soi-disant toute-beauté et de leur toute-désirabilité? De plus, bien souvent, ce genre de commentaires provient de personnes que les critères de beauté actuels rendent tout à fait peu désirables, un comble! Deux explications peuvent sans doute être tentées afin d’essayer d’éclaircir ce délicat problème.

"Mon pénis est désirable"

Première erreur... Le raisonnement le plus basique qui soit, mais sans aucun doute aussi le plus navrant, est le suivant: l’homme possédant le symbole socio-sexuel de pouvoir ultime, c’est-à-dire le phallus, il ne peut forcément être que désirable. Le pénis, et son extension métaphorique dans l’imaginaire collectif, le phallus, a été construit au fil des années comme le symbole ultime de pouvoir: vertical (contrairement à l’horizontalité associée à la femme), droit, dur, etc. qui sont autant d’adjectifs positifs que l’on associe au sexe masculin. En conséquence, la société associe depuis de nombreuses années le pouvoir et le phallus. Et c’est à ce point très précis que se situe la soi-disant désirabilité de l’homme puisque, toujours dans le cheminement inconscient ou non des "mâles", les femmes et les homos (dans le même panier) ne peuvent que vouloir se soumettre à ce pouvoir. Les femmes et les gays sont en effet assimilés à la passivité, celle qui ne peut que se soumettre au bon vouloir de ces messieurs. Ceci reste un fort cliché sociétal, aussi scandaleux soit-il. Et cette acceptation renforce l’idée que c’est l’homme qui détient le pouvoir, l’initiative et donc le droit de faire ce qu’il veut puisqu’il est actif et détient les moyens (le pénis) de faire ce qu’il entend. Une idée maladroite et dangereuse, s‘il en est.

La peur de la sodomie

La deuxième explication pourrait être que les homos sont vus comme des personnes à la sexualité débridée, promiscueuse et libidinale. Il va sans dire que cette vision de l’homosexualité remonte très loin dans le temps, dès les débuts de la persécution historique contre les ‘déviants’ sexuels. Dans cette perspective, c’est la peur de la sodomie qui se met en place. L’autre versant de la crainte, qui s’appuie sur les mêmes clichés que ceux expliqués auparavant, mais appliqués aux hétéros désormais. Je m’explique. Lorsqu’un gay aborde un hétéro sur le mode de l’ambiguïté, ce qui se profile dans l’esprit de la ‘proie’, c’est la peur qu’on puisse projeter l’idée de la sodomie sur lui. Pourquoi? L’idée de se faire sodomiser par un autre homme est une véritable remise en cause violente, pour un hétéro, des schémas socio-sexuels qu’il a pu élaborer depuis sa plus tendre enfance. A savoir que la passivité, qui est associée au partenaire sodomisé, est typiquement renvoyée dans l’imaginaire collectif, surtout celui des hommes, à l’univers des femmes. Pour faire simple: "faire enculer", dans l’esprit de ces messieurs, c’est être une femme. Rhétorique qui a d’ailleurs beaucoup nui à la cause homosexuelle, rapidement discriminée comme étant "féminine", aussi stupide que cela puisse aujourd’hui paraître.

Une sexualité mal à l’aise?

Ce qui est sans doute très dérangeant pour les hommes hétérosexuels quand ils se trouvent confrontés à l’idée qu’ils pourraient éventuellement être abordés par des homosexuels, c’est aussi et surtout que cela les amène à se poser des questions sur leur propre sexualité. Lorsque l’on est confrontée à une alternative dans nos choix de vie, sans pour autant envisager de ‘changer de bord’, on se pose ne serait-ce que furtivement la question. Là est sans doute une des clés du problème. Il suffit alors que la sexualité de l’individu en cause soit relativement mal assurée, mal définie, que ce soit consciemment ou inconsciemment, pour que la perspective de se poser la question "moi?" devienne rapidement insupportable. D’où une certaine agressivité latente ou extériorisée...

Au-delà de ces questions, il serait bien plus sain, pour la société en général et les individus la composant en particulier, que la question de l'orientation sexuelle soit bien plus décomplexée qu'elle ne l'est actuellement. Quel mal peut-il y avoir à s'interroger sur sa propre personnalité?

Avril 2006


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