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ReportageQuelle émancipation pour les Sud-coréennes?La Corée du Sud est considérée comme un pays dit ‘développé’ selon les standards internationaux, pourtant, l’égalité des sexes et la condition des femmes sont loin des standards occidentaux. Enquête sur la nouvelle génération qui tente, avec difficulté, de dépasser le modèle inculqué par les parents et la tradition confucéenne. Par Aurélie Plaçais Mariage arrangé ou accord parentalPour la majorité des anciennes générations, le mariage arrangé était la norme. Peu importait que le couple s’aimât ou pas, ils devaient venir du même milieu social et ils étaient souvent promis l’un à l’autre par leur famille quand ils n’étaient que des enfants. " La mère de mon mari a été marié à 18 ans, elle n’a pas choisi son mari et ils ne savaient pas si ils s’entendraient ou pas. Ils ne se sont jamais entendus et elle a beaucoup souffert "; confie Jin Ya, une Coréenne mariée, d’une trentaine d’année. Pour les nouvelles générations, les choses ont changé, mais pas tant que cela : le mariage est toujours contrôlé par les parents. Impossible par exemple, de se marier sans l’accord des deux familles, tout particulièrement si la jeune femme veut se marier avec un jeune homme dont le statut social est inférieur au sien. Par contre, il faut être marié à n’importe quelle condition, et si par malheur, à 30 ans une femme ou un homme n’a pas trouvé de conjoint, il lui faut supporter les propositions de ses parents jusqu’à ce que finalement, elle ou il se décide à accepter l’un-e d’entre elles/eux... Vivre seul-e, en célibataire ou à la suite d’un divorce, est toujours considéré comme le signe d’un échec social, surtout pour les femmes. D’une part les parents considèrent toujours qu’il ne devrait pas y avoir de relations sexuelles en dehors du mariage, et d’autre part, vivre en concubinage ou avoir des enfants en dehors du mariage leur semble impensable. Han a vingt-deux ans, elle a un petit ami depuis deux ans maintenant, et à cette suggestion, elle s’exclame : " Bien sûr que non les parents ne seront pas d’accord si on vit ensemble avant de se marier ! Peut-être que certains le font aujourd’hui, mais c’est un secret et ils ne le dissent à personne ". Han étudie en Chine pour un an et son petit ami l’a suivi, mais même à des centaines de kilomètres de leurs parents, ils n’osent pas vivre ensemble. Rapports sexuels, contraception et abstinencePour les relations sexuelles proprement dites, les choses semblent avoir quelque peu changé. Bien que leurs parents ne sauraient le tolérer, la plupart des jeunes étudiants ont déjà eu des rapports sexuels. Ils ou elles ont déjà eu plusieurs petit-e-s ami-e-s et ont eu des relations sexuelles avec certain-e-s. D’après Han, cette évolution a été rendue possible grâce aux séries télévisées qui montrent de nombreux exemples de jeunes couples non mariés s’essayant aux joies du sexe. Rien de pornographique, loin de là, mais " c’est aujourd’hui très facile de savoir qu’on peut le faire et comment le faire" confirme Han. Premier réflexe occidental quand il s’agit de rapport sexuel : comment se protéger. Pour les Coréennes, c’est loin d’être le cas et leur conception de la contraception est assez terrifiante : les préservatifs sont trop honteux à demander en pharmacie (ils sont en général réservés aux prostituées), les pilules sont dangereuses pour la santé et pas fiables, le stérilet leur est inconnu, enfin aucune des personnes interrogées ne savaient si l’avortement était légal ou pas... Et bien entendu, impossible de poser ce genre de questions à ses parents : " c’est très difficile de parler de ces problèmes , on peut seulement en parler à nos plus proches amies et les informations ne sont pas faciles à obtenir " expliquent Kim et Yu, toute deux étudiantes. Même à l’école on ne leur offrait aucun renseignement, sans parler de campagne de prévention... Pourtant, la Corée du Sud est un des pays avec le plus faible taux de natalité au monde. Comment les générations précédentes ont-elles fait pour en arriver à ce miracle sans campagne massive de contrôle des naissances comme en Chine par exemple ? L’Institut Coréen d’Étude sur les Femmes a publié des recherches à ce sujet et leurs conclusions semblent dater d’un autre temps : " coïtus interuptus " ou retrait précoce de l’homme avant éjaculation (et surtout avant orgasme de la femme) et abstinence... pour les femmes. Comme une femme de soixante-trois ans en témoigne dans cette étude, " Notre vie sexuelle ? Nous n’avons plus eu de rapports sexuels après notre premier enfant. Mais il semble que quelque fois, il [son mari] avait des rapports avec d’autres femmes ailleurs. " Le poids de la tradition confucéennePour cette raison et bien d’autres, être une femme coréenne n’est pas chose facile. D’après la tradition confucéenne, le rôle de la femme mariée est de rester à la maison et de s’occuper de ses enfants et de son mari. Jusque là, rien de bien différent avec la culture occidentale, sauf que c’est encore ce que pense la majorité des Coréens selon une étude récente. Seuls les plus jeunes considèrent que leur femme devrait décider elle même si elle veut travailler ou pas. La plupart de jeunes femmes qui vont à l’université rencontrent des jeunes hommes du même statut social qu’elles avec qui elles se marient. Certaines travaillent même quelques années à la sortie de l’université, mais dès qu’elles sont enceintes, elles doivent s’arrêter de travailler. Jin Ya est l’une d’entre elles : elle a rencontré son mari pendant ses études, son diplôme en poche, elle a trouvé du travail comme graphiste ; mais elle a dû arrêter au bout de deux ans car après s’être mariée, son premier enfant est né. Son mari travaille beaucoup, il est souvent absent de la maison pour voyages d’affaires et elle ne le voit qu’une ou deux fois par mois. Elle élève ses enfants toute seule et passe son temps à attendre son mari qui gagne de l’argent pour faire vivre sa famille. " Je suis souvent seule à la maison et je me sens si seule. Je suis souvent triste et je ne vois pas beaucoup d’amis " confie-t-elle à la fin de l’entretien. Une femme qui travaille est mal considérée socialement car les seules femmes qui travaillaient dans le passé étaient celles issues des familles pauvres où un salaire ne suffisait pas à faire vivre la famille ou bien les familles divorcés. Pourtant, les jeunes femmes interrogées affirmaient vouloir travailler et pensaient que leur mari serait d’accord. C’est malgré tout très difficile pour une femme de trouver un bon travail. De nouvelles lois ont été votées en 1999 et 2001 pour l’égalité et la promotion du travail des femmes, mais elles sont rarement appliquées. Même si leur mari et leur famille les soutiennent, les femmes qui veulent travailler devront encore trouver un employeur qui accepte de leur donner des responsabilités et des garderies pour leurs enfants…Ce qui est malheureusement aussi un standard dans bien des pays dits ‘développés’. Le 29/05/2007 |
Sommaire InternationalEntre impératif familial et liberté sexuelle L’homosexualité en Chine Quelle émancipation pour les Sud-Coréennes? Où sont les filles asiatiques ? AUNG SAN SUU KYI Ou la démocratie "fragile " Le voile, le corps et la course Jamaican women in Reggae Sur le machisme au Mexique Assaida al Horra ou la quête d’autonomie des marocaines Football et amateurs de femmes je ne veux pas vous gâcher la fête mais… | ||||||
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