Titre: Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels

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Reportage

Femmes migrantes séropositives : la triple peine

Les femmes migrantes séropositives cumulent les discriminations sexistes, les discriminations racistes et les discriminations faites aux personnes séropositives. Les difficultés sont dans tous les domaines : santé, vie privée, vie familiale, travail…Pour elles, l'accès aux droits est un vrai parcours de combattante.

Par Lydie Porée

Une épidémie qui se féminise

Longtemps la figure associée au VIH a été masculine. Jusqu'à la fin des années 90 les campagnes de prévention à destination des femmes étaient principalement conduites dans un souci de réduction de la transmission de mère à enfant. Mais les femmes se sont contaminées. Ainsi en 2005 40,6 % des nouvelles découvertes de séropositivité concernent des femmes. (à plus de 78% par voie hétérosexuelle) et 75% des ces femmes sont d'origines étrangères ou non connues. Désormais et plus que jamais nous sommes toutes concernées.

Des facteurs biologiques

La vulnérabilité des femmes face au VIH est en partie physiologique. La contamination a lieu lorsque le virus présent dans les liquides contaminants (sang, sperme, cyprine) trouve une porte d'entrée (petite coupure, plaie) dans les muqueuses…Or la surface cumulée des muqueuses vaginales et anales chez les femmes est plus importante que chez les hommes. D'autre part les muqueuses sont très vites fragilisées d'où les risque de lésions, portes d'entrée du virus : lors de rapports sexuels avec pénétration, s'il y a sécheresse vaginale, lors des règles, ou encore chez les jeunes femmes dont le col de l'utérus est plus fragile.

Mais la physiologie à elle seule ne peut expliquer la flambée de l'épidémie chez les femmes, en particulier chez les femmes migrantes.

Discriminations et violences

D'abord il y a le système patriarcal et les oppressions spécifiques faites aux femmes du monde entier, aussi bien au Nord qu'au Sud. Comment avoir accès aux messages de prévention quand on n'a pas accès, ou un moindre accès, à l'éducation? Comment imposer le préservatif quand on ne choisit pas toujours avec qui, quand, comment on a des rapports sexuels ? Comment s'aimer et avoir assez d'estime de soi pour faire attention à sa santé quand le poids des inégalités est si lourd?

On sait aussi que la précarité a un sexe : de manière générale les femmes sont plus touchées par le chômage et les temps partiels imposés, elles sont sous-payées. Pour les femmes migrantes, racisme "aidant", ces conditions précaires sont encore plus lourdes, l'isolement plus fort. Et pour les séropositives, trouver un emploi intéressant compatible avec les conséquences de la maladie et de la prise de traitement relève de l'exploit. Or, ne pas avoir de travail et donc de revenus c'est être dépendante socio-économiquement. Le manque d’autonomie est un frein supplémentaire à la prise en charge de sa prévention et de sa santé.

Tous ces facteurs se cumulent, s’aggravent les uns les autres…Il faut également leur ajouter le poids des représentations sur le SIDA, dans la société entière et dans les communautés. Par peur du rejet il est souvent extrêmement difficile de dire sa séropositivité…Et quand on dépend socio-économiquement de personnes qui ont des préjugés sur la maladie ça devient encore plus difficile à dire, l’isolement est renforcé…Surtout si en plus on a des difficultés pour obtenir des papiers… Et le cercle vicieux des violences faites aux femmes migrantes séropositives continue d’être nourri.

Libérer la parole et faire savoir

Dans ces conditions, devenir actrice de sa santé et de sa prévention est particulièrement difficile. Pourtant, de plus en plus d’associations de femmes migrantes séropositives travaillent pour libérer la parole, combattre les discriminations et témoigner auprès du grand public. Cette mobilisation représente un grand espoir.›


Témoignage

J.M. est une jeune femme qui vit à Rennes. Elle a appris sa séropositivité il y a 2 ans,en Afrique. "Lorsque je l’ai appris, c’était comme si le ciel me tombait sur la tête." A ce moment J.M. était fiancée à un Français qui travaillait en Afrique, et sous le choc elle a souhaité arrêter cette relation. Mais son fiancé l'a rassurée: " si tu ne veux plus vivre pour toi, vis pour moi alors " lui a t’il dit. Un test a révélé qu’il était séronégatif. Depuis tous les deux se sont mariés et vivent en France. " En Afrique mon médecin a pris le temps de bien nous expliquer la maladie ": c’était plus rassurant.

Mais si J.M. a pû en parler dans le cadre de son couple, annoncer sa séropositivé à d’autres proches n’a pas été évident, à cause des préjugés très forts. " Beaucoup d’Africain-e-s pensent encore que le SIDA est un sort qui est jeté sur une personne." Ces croyances enferment les séropositifs-ves dans la peur du jugement, la peur du rejet, l'isolement et le silence. Ce qui amène J.M. à dire que " le SIDA est une maladie qui affecte plus le moral que le physique. Les discriminations ça tue!." Une cousine et une amie de J.M. ont accepté la nouvelle. Par contre un ami, s’est éloigné, ce que J.M. qualifie de "lâcheté". Enfin très récemment elle a pu en parler à sa fille, qui a réagi en adulte et a assuré J.M. de son soutien. C’était important qu’elle l’apprenne de J.M. et pas d’autres personnes.

Aujourd’hui J.M. est heureuse, elle vit sa vie, travaille en essayant de faire de la maladie un détail. Elle supporte bien le traitement qu’elle a commencé à prendre il y a quelques temps. " Je trouve du soutien dans mon couple. Pourtant, parfois, c’est moi qui fait des blocages…" Le SIDA est un élément perturbateur de la vie affective et sexuelle. J.M. a aussi pu trouver du soutien à l’association Aides 35, dans des groupes de paroles. " Aujourd’hui je me sens mieux dans ma tête et mon corps."

J.M. aimerait que les Africain-e-s, qui vivent en Afrique ou en Europe, cessent de " croire que c’est un sort qui est jeté ". " Ça me tue! " rajoute t’elle, " Le SIDA n’est rien d’autre qu’une maladie chronique. On vit avec." A chacun-e d’entre nous, quelles que soient nos origines, d’interroger nos représentations sur les séropositifs-ves et de changer notre regard pour en finir avec les discriminations et le rejet.

Juin 2006


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