Titre: Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels

Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels

Jeux interactifsLogo Volte-Face
A la Une Société Economie International Culture Infos Pratiques Définitions Actions

Reportage

Où sont les filles?

En Asie, principalement en Inde et en Chine, il naît moins de petites filles que le voudraient les règles biologiques. L’ampleur de ce phénomène est tel qu’on estime qu’il manque 60 millions de femmes en Chine, soit l’équivalent de la population française. Ces chiffres alarmants sont le résultat de traditions ancestrales qui valorisent la naissance de fils mais conçoivent celle des filles comme une honte. Les conséquences à moyen et long terme sont catastrophiques pour ces populations.

Par Aurélie Plaçais

L’auto-génocide des petites filles

Il y a plusieurs explications à ce déficit de femmes en Asie. En 2000, il est né 10% de moins de bébés de sexe féminin que de sexe masculin en Chine. Par le système d’avortement généralisé au nom du contrôle des naissances, lorsque la famille apprend le sexe du bébé, s’il est féminin elle décide presque toujours l’avortement. En Inde, l’avortement de fœtus fille est tellement généralisé qu’il aurait entraîné à lui seul un déficit de 10 millions de femmes*.

Un autre moyen pour éviter d’avoir des filles est la stérilisation des mères lorsqu’elles ont eu un fils. En Chine, 3/4 des femmes ayant un enfant portent un stérilet, et 3/4 des femmes ayant deux enfants sont stérilisées.

Contrairement à une idée très répandu en Occident, l’infanticide n’est responsable que pour une très faible part de ce déficit de filles. D’abord, il est très sévèrement puni par la loi : les peines vont de 10 ans d’emprisonnement jusqu’à la peine de mort en Chine. Ensuite, il existe d’autres façons plus ‘discrètes’ de se débarrasser des encombrants bébés : l’abandon, la malnutrition ou l’absence de soin de santé.

La tradition patrilinéaire

Les raisons de ce que certains appellent ‘crime contre l’humanité’ remontent aux traditions ancestrales asiatiques. En Chine, le confucianisme se traduit par une soumission totale de la femme à son père, puis à son frère, à son mari et enfin à son fils. Elles n’ont aucune reconnaissance sociale. A l’inverse, la naissance d’un garçon représente une bénédiction pour toute la famille et en assure sa descendance. En effet, les fils restent et s’installent avec leur famille dans la maison des ancêtres alors que les femmes partent habiter dans leur belle-famille. Avoir une fille signifie donc une perte d’argent et de temps. Deux proverbes illustrent cette vision. En Chine on dit : "élever une fille c’est cultiver le champ d’un autre", en Inde: "c’est arroser le jardin de son voisin". Les filles ne ‘servent’ donc à rien pour ses parents… sauf qu’il faut bien d’autres filles pour marier ses fils.

Les conditions de vie des femmes nées

Dès lors, un problème grave se pose du fait du faible nombre de femmes. Elles ne sont pas assez pour tous les hommes en mal de femmes. En Chine, 90% des célibataires de plus de 30 ans sont des hommes. Des trafics en tout genre se sont alors mis en place pour pallier à ces manques. Bien sûr, les femmes en sont les premières victimes.

Le plus terrible consiste à adopter des fiancées enfants. Une famille achète une petite fille à des parents acculés par la pauvreté, l’élève comme leur fille, mais à l’adolescence, elle est mariée à son ‘frère’. La police chinois a ainsi démantelé plusieurs gangs dont un accusé d’avoir kidnappé 7 petites filles âgées de 1 à 7 mois et de les avoir revendu à des familles riches.

Enfin, le trafic de femmes est aussi en plein essor. Parfois les femmes sont kidnappées, séquestrées et revendues loin de leur région d’origine. Elles sont alors enfermées voire enchaînées pour ne pas qu’elles puissent s’échapper et vivent dans des conditions déplorables. Une autre forme plus courante consiste à promettre des emplois à des femmes provenant de régions et de milieux défavorisés. Elles se font alors piéger et au lieu de garder des enfants ou de faire le ménage comme elles le pensaient, elles sont vendues comme épouses. Le système est bouclé avec les fonctionnaires corrompus qui acceptent d’entériner le mariage. En Inde, de nombreuses associations dénoncent une augmentation des viols, de l’esclavage sexuel et de la prostitution comme l’une des conséquences directes du manque de femmes.

Comment lutter contre ce problème?

Il existe plusieurs mesures mises en place par les gouvernements : des peines très fortes pour les familles qui cherchent à connaître le sexe du fœtus avant la naissance pour dissuader toute idée d’avortement. Des peines encore plus lourdes sont appliquées pour les infanticides et les trafics de femmes et de filles. Cependant se sont souvent les femmes qui sont condamnées, alors qu’elles ne font que perpétuer un système dont elles sont elles-mêmes victimes.

Des associations de défenses des femmes se sont organisées en Inde par exemple, elles tentent d’éduquer les femmes et de faire évoluer les mentalités. Par exemple, des bourses sont proposées aux parents ayant des filles pour les aider à financer les frais de scolarité. Comme pour les pratiques d’excision, ce sont les femmes qui perpétuent les traditions au sein de la famille. Remédier aux pratiques qui violent les droits des femmes implique d’éduquer ces femmes pour qu’elles aient les outils pour s’émanciper.

*Sources: Amnesty International et Isabelle Attané Une Chine sans femmes ? (Edition Perrin, 2005)

Juin 2006


Retour haut de page

Sommaire International


Entre impératif familial et liberté sexuelle
L’homosexualité en Chine


Quelle émancipation pour les Sud-Coréennes?

Où sont les filles asiatiques ?

AUNG SAN SUU KYI
Ou la démocratie "fragile "


Le voile, le corps et la course

Jamaican women in Reggae

Sur le machisme au Mexique

Assaida al Horra
ou la quête d’autonomie des marocaines


Football et amateurs de femmes
je ne veux pas vous gâcher la fête mais…
Contacts Qui sommes nous ? Plan du site