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Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels |
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OpinionLes hommes dans les vestiaires...A l’heure où les médias nous assènent d’informations, de promotions et de publicités concernant le football, la nation toute entière semble vibrer derrière les joueurs de l’équipe de France. Tous ces mâles athlètes semblent renvoyer au pays une image virile, forte et sentant quelque peu la testostérone… Et pourtant, regardez davantage: ils s’embrassent, se cajolent, pleurent: que se passe-t-il? Les joueurs sont-ils devenus gays? Par-delà les clichés de sexe et de genre, il serait temps de s’interroger sur l’image homoérotique que le sport véhicule et qu’il ne cesse de vouloir renier. Par Boris Venon Sueur, muscles, tapes larges et franches dans le dos, esprit de corps et d’équipe: toutes ces éléments déployés par le sport en général et le football en particulier sont généralement reliés au monde masculin dans l’imaginaire collectif. Au nom de quoi? Depuis que les filles s’investissent dans les pratiques sportives, ces images stéréotypées semblent quelque peu remises en question même si, dans ce domaine comme dans d’autres, le combat est loin d’être facile: elles manquent considérablement d’attention médiatique, contrairement au équipes masculines, et on entend régulièrement des aberrations telles que: "elles ressemblent à des hommes, tous ces muscles ça ne fait pas vraiment féminin". On pense alors à Jean-Pierre Bacri dans Un air de famille qui affirme préférer les tenniswomen en minijupe plutôt qu'en short, en profitant au passage pour tacler sa sœur (jouée par Agnès Jaoui) qu'il estime trop masculine puisqu'elle a l'énorme audace d'avoir du caractère! Le sport n'est pas un révélateur des tendances générales de la société dites-vous? Bref, de façon liée à la place des femmes dans le sport, il est tout aussi surprenant de voir que les hommes, malgré des éléments homoérotiques très présents dans le milieu footballistique selon l’expression consacrée, présente toujours une façade machiste et assez arriérée, il faut bien l’admettre. Quant aux homos... eh bien il n’y en a tout simplement pas, c’est bien connu! Sans trop s’attarder sur ces clichés d’un autre temps, pas encore tout à fait révolu cependant, il est possible de s’interroger sur les relations qu’entretiennent homosexualité et sport. L’homoérotisme sportifIl suffit, pour les accrocs du sport (dont l’auteur est au regret de vous annoncer qu’il ne fait pas parti) de voir un seul match ou tournoi pour constater à quel point l’ambiguïté sexuelle est présente dans le milieu sportif: ces hommes virils aux chevilles larges, véritables fantasmes sur jambes pour une importante proportion de Français(es), quel(le)s qu’ils ou elles soient, s’embrassent, se serrent dans leurs bras, semblent nouer de fortes relations affectives telles que celles liant entre eux les membres de l’équipe de France de football de 1998. Si l’on s’en tient aux clichés de genre et de sexe, le moins que l’on puisse admettre c’est que ce genre de comportements n’émeut bizarrement personne. Pourtant que deux hommes fassent la même chose dans la rue et ils se voient systématiquement attribuer un label "gay". Pourquoi une telle différence de traitement? Serait-ce que l’on " pardonne " (si il y a quoi que ce soit de condamnable dans de tels comportements au passage) aux sportifs puisqu’ils ne ressembleraient en rien à des homosexuels? Les clichés ont la vie dure semble-t-il. Il faudrait peut-être rappeler quelques apports du sport en termes d’homoérotisme c’est-à-dire l’ensemble des éléments évoquant tout rapport qu’il soit sentimental ou sexuel entre hommes. L’exemple le plus emblématique est sans aucun doute le fameux calendrier des Dieux du Stade qui aura fait couler bien de l’encre. Les joueurs de l’équipe du stade français posant très dénudés, parfois ensemble, ont beaucoup gêné de par le contenu homoérotique même de leur prestation. Certaines photos sont en effet assez suggestives. Les sportifs, à l’image du reste de la société, changent et contribuent aux changements: David Beckham a également beaucoup apporté en terme d’image et de conception de la virilité ou même de l’Homme. Son attention au style et ses nombreuses coupes de cheveux furent tellement populaires en Angleterre qu’il suscita l’émergence de la figure du "métrosexuel"c’est-à-dire un homme hétérosexuel faisant attention à sa personne en termes de style, de vêtements, etc. toutes choses traditionnellement associées au monde féminin. L’homme se décoince quelque peu, il était temps! Une figure qui a vite essaimé à travers l’Europe continentale, et tout particulièrement en France. Les Français, désormais, et tout particulièrement les jeunes générations passent autant de temps dans la salle de bain que les filles. Peut-être que l’égalité entre les sexes passe aussi par là. D’aucuns se plaignent de ces changements, accusant l’homme de se féminiser et d’oublier sa ""nature. Nous laisserons là les réactionnaires se complairent dans leur culte à un modèle masculin dépassé et oppresseur, aussi bien pour lui que pour le reste de la société. Le sport utilise tout un code homosocial, homoérotique, qui peut prêter à confusion: douches, vestiaires, hommes entre eux. Des milliers de supporters électrisés par un ou des hommes, prêts à les suivre à des milliers de kilomètres… Ca ne vous laisse pas rêveur? Et pourtant, l’homophobie est tout aussi présent que l’homoérotisme dans ce milieu. Aussi paradoxal que cela puisse paraître. Le machisme véhiculé par le milieu sportifMalgré les progrès que le sport peut apporter à la société en termes d’images et de représentations, il n’en reste pas moins que le milieu sportif peut aussi être considéré comme un des plus rétrogrades: machisme, homophobie, sexisme sont bien souvent implicitement ou explicitement présents. Le bordel géant aménagé à Berlin pour le Mondial de football est sans aucun doute l’exemple le plus scandaleux qui puisse illustrer cet argument. Combien de fois faudra-t-il rappeler que le corps des femmes n’est pas une marchandise? Ce machisme et/ou sexisme se répercute également en ce qui concerne l’homosexualité dans le sport: les même mécanismes sont à l’œuvre. Il suffit d’assister ne serait-ce qu’à un entraînement pour comprendre à quel point certains automatismes sous-jacents expliquent que certains sports comme le football ou le rugby, ne puissent être vraiment considérés comme "gay-friendly": les réflexions des entraîneurs comme "êtes pas des tapettes" sont malheureusement encore monnaie courante. D’autres pratiques, reliées au sport mais étant du fait des supporters, du monde évoluant autour des sportifs, déploient également de nombreux éléments homophobes. On peut penser à la violence qui entoure les évènements sportifs. Sans tomber dans la caricature immédiate en évoquant les hooligans même si c’est un phénomène à ne pas omettre, les rencontres sportives sont l’occasion d’intenses agressions, particulièrement verbales qui excluent d‘emblée femmes et homosexuels du commentaire sportif. La violence étant traditionnellement et bêtement attribuée à la masculinité, et les homos n’étant pas de "vrais" hommes (c’est bien connu!), ils ne pourraient de facto être intéressés, concernés ou présents dans le sport. CQFD. Quelques éléments viennent ruiner ces clichés dépassés, fort heureusement. Les homos et le sportBeaucoup d’éléments prouvent l’importance des homos dans le sport. Sans remonter jusqu’à la Grèce antique qui ne s’offusquait pas des pratiques entre hommes, aussi bien sur le terrain que dans la chambre, on peut penser à deux éléments en particulier qui attestent de l’intérêt des gays pour le sport. La ville de Montréal accueille cette année les Jeux Olympiques LGBT [Lesbien, Gay, Bisexuel(le) et Transsexuel(le)] du 26 juillet au 5 août 2006. Cet événement majeur, fortement médiatisé outre-Atlantique mais peu connu en France, verra 36 disciplines honorées et pratiquées par des sportifs arc-en-ciel. Les billets sont d’ors et déjà disponibles alors avis aux amateurs... En dehors de cet événement sportif dans le sens le plus olympique du mot, de nombreux sportifs gays pratiquent leur discipline tout en ne cachant pas leur sexualité. Certes, ce sont plus souvent les sports individuels qui sont concernés. Ce qui est assez révélateur de la pression sociale qu’exercent sur leurs joueurs les sports collectifs comme le football ou le rugby. L’homosexualité féminine est aussi généralement beaucoup plus assumée que l’homosexualité féminine: les hommes sportifs n’auraient donc tout particulièrement pas le droit d’être gays... Enfin, on pourra conclure avec les clubs de gym: ils ont, depuis plusieurs années, occupés une place tout à fait à part dans l’imaginaire gay: avec les bars et les clubs, ils sont l’une des places remplies de sexualité au sens le plus large qui soit. Bien qu'ils se passent effectivement certaines activités tout à fait sportives entre hommes dans les vestiaires, plus généralement parlant ces lieux sont remplies de sexualité et d'érotisme tout simplement parce qu'ils sont des lieux de socialisation emplis de testostérone, de sueur et de halètements. Toutes choses qui peuvent évoquer tout autre chose que du sport au sens strict. Juin 2006 |
Sommaire SociétéLa coupe menstruelle libère les femmes Violences socio-économiques faites aux femmes : état des lieux Le retour du Macho Qu’avez vous fait des violences sexuelles? Barbie et Action Man Femmes migrantes séropositives : la triple peine Protégeons L Transsexquoi? Complexe de supériorité Le ‘ré-enfantement’ du monde Il faut voir comme on nous parle Chirurgie dé-constructive de beauté Dove, ou l’exploitation du ‘être-femme’ Maman t’aime, et papa aussi Les hommes dans les vestiaires... L’autre prostitution Football et amateurs de femmes : je ne veux pas vous gâcher la fête mais… |
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