Titre: Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels

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Reportage

Entre impératif familial et liberté sexuelle

L’homosexualité en Chine aujourd’hui

Comme dans toute civilisation, l’Histoire chinoise avec un grand " H " est parsemée de petites histoires sexuelles, notamment homosexuelles. La littérature ‘érotique’ chinoise, qui mentionnait aussi les relations entre personnes de même sexe, était très développée du temps des grands empires chinois et du concubinage ; il n’était d’ailleurs pas rare qu’en ce temps des hommes aient d’autres hommes pour ‘concubins’. Tant que l’ordre confucéen était respecté, les pratiques sexuelles étaient relativement libres.

Par Aurélie Plaçais

Bref historique de l’homosexualité du Confucianisme au Maoisme

Selon la conception religieuse occidentale, le plaisir de la chair en général et la sodomie en particulier est un péché. La relation homosexuelle en elle-même, mais aussi parce qu’elle est infertile et n’a pas pour but la reproduction de l’espèce humaine est alors intolérable. A l’inverse, l’ordre moral confucéen ne condamne pas la pratique homosexuelle en tant que tel, mais insiste sur le respect de la famille comme élément central de la vie de chacun. Tant que les individus sont mariés et ont satisfaits aux exigences de donner une descendance à leurs ancêtres, ils ne sont confrontés, moralement, à aucun interdit sexuel. Pour autant si l’homosexualité n’est pas un pécher, la notion de couple homosexuel ou de vie en concubinage est impensable. Les personnes attirées sexuellement par des personnes du même sexe ne peuvent se revendiquer homosexuels et vivre en marge de la société, par contre, elles peuvent avoir des relations homosexuelles tant qu’elles sont mariées et ont des enfants.

Plus récemment, pendant la période maoiste ; cette vision fut totalement rejetée. La version officielle plaçait l’homosexualité au rang des ‘décadences bourgeoises contre-révolutionnaires’, condamnant publiquement tout acte homosexuel. Au même titre que les intellectuels, ou que les capitalistes, les homosexuels étaient jugés comme ennemis de la nation et devaient être ‘rééduqués’. Alors que d’un point de vue politique, dès le début des années 1980, Deng Xiao Ping a mis un terme au maoisme et a prôné la naissance de la " Nouvelle Chine ", ce n’est qu’en 2003 que l’homosexualité a été radiée des listes de maladies mentales.

Etre homosexuel-le dans la Chine moderne

Aujourd’hui encore, le poids de la tradition confucéenne est très lourd pour les jeunes chinois-es, mais il est de plus en plus remis en cause par la ‘modernité’ et le model occidental. Brian, américain d’environ vingt-cinq ans, étudie en Chine depuis plus d’un an et entretient une relation homosexuelle avec Ge, un chinois de trente-deux ans depuis plusieurs mois. La situation de Ge est d’autant plus délicate qu’il n’est ni marié ni père : " il a déjà pensé à se marier parce qu’il a peur de ne pas pouvoir faire tout ce qu’il veut s’il n’est pas marié. Par exemple, à trente-deux ans, comme il n’est pas marié, il va manger tous les jours chez ses parents." Brian confie aussi que tous les amis et collègues de son partenaire pensent qu’il est marié et que ce dernier ne dément jamais.

La situation s’est récemment compliquée quand ils ont décidé d’habiter ensemble. Il était de plus en plus difficile de cacher la situation aux yeux des parents chinois qui ont fini par s’en rendre compte : " je crois que c’est à cause des voisins qui leur ont dit, et puis ils avaient vu ma brosse à dent dans la salle de bain ; enfin ils savaient qu’un étranger vivait avec leur fils et ils ont récemment abordé le sujet ".

Dans le contexte de la politique de l’enfant unique développée depuis les années 70-80, un fils unique qui ne se marie pas c’est la honte de la famille car c’est l’assurance de ne pas avoir de descendance. Les parents sont alors déchirés entre leur amour pour leur progéniture et le déshonneur qui les attend.

Les parents de Ge l’ont soumis à un dilemme peu commun : " s’il décide de rester en Chine, ses parents lui achèteront une maison et il devra se marier. S’il essaie d’aller à l’étranger, il sera libéré de son obligation de se marier et il évitera la honte pour sa famille ". Dans le contexte moderne actuel, un fils qui part travailler à l’étranger, c’est la fierté pour la famille en Chine. Le stigmate négatif due à l’homosexualité de leur fils sera ainsi remplacé par l’honneur d’avoir un fils ‘qui a réussi’ aux Etats-unis.

Le 16/12/2007


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