Titre: Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels

Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels

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Interview

Attention chantier!

"Les bâtisseuses" est une association rennaise crée en 2005 qui a pour objet principal de "créer du lien social et culturel entre les femmes". Elle lutte contre les différentes discriminations qui touchent toutes les femmes que ce soit la lesbophobie, la discrimination dans le monde du travail et du chômage. Elles proposent entre autre des ateliers de formation à des activités censées être réservées aux hommes telles que la mécanique ou l’électricité. Karine et Leila, toutes deux membres fondatrices de cette association nous font partager leur point de vue.

Propos recueillis par Aurélie Plaçais

Quel a été votre parcours?

Karine : J'ai fait une fac de droit mais j'ai vite arrêté, je suis partie sur l'animation environnement et j'ai fait une formation maçonnerie avec l'AFPA et maintenant, je suis bâtisseuse. Ce qui m'intéressait dans la maçonnerie, c'était de pouvoir construire sa maison, de pouvoir être autonome. Et de transmettre ça à des femmes, je trouve ça vachement important.

Leila : Moi, ça fait 5 ans que je suis en France et ça fait un petit moment que je travaille. Je bosse dans des salles de sport.

Karine : Sur ta fiche de paie c’est marqué " agent d’entretien", mais c’est pas que du ménage, c’est aussi de la réparation. D’ailleurs, dans ton métier, c’est aussi un métier où il y a que des mecs.

Leila : Oui, il y a deux femmes et trois, quatre hommes et pour le partage du travail, les femmes faisaient le ménage, accueillaient les écoles parce que pour les femmes, c’est bien d’accueillir des écoles. Et puis, par exemple, démonter les poteaux de basket, c’est les mecs, nous on peut pas le faire…Ou après avoir bu le café, pour laver les tasses, c’est les femmes bien sûr...

Et puis, je travaille là-bas comme vacataire et il y avait une opportunité pour être contractuelle parce que quelqu’un était tombé malade et pour le remplacer, moi j’étais prête, mais ils ne m’ont pas acceptée parce que j’étais une femme. Ils préféraient un homme parce que pour faire des soirées, c’était plus ‘difficile’ pour les femmes. Aussi parce qu’il y a plus d’hommes qui viennent faire du sport que de femmes, donc c’est plus ‘difficile’ pour les femmes. Et bien sûr, maintenant c’est un garçon qui remplace cette personne.

On vous disait vraiment frontalement, non ça c’est pas ton métier?

Karine : En fait, quand j'ai fait la formation à l'AFPA, je crois que ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas vu une femme qui voulait faire ça. Ça fait huit ans que j'ai fait cette formation. Je pense que maintenant, ça a peut-être évolué un tout petit peu, mais en maçonnerie, je suis pas si sûre. Sur 65 maçons qui étaient en formation, j'étais la seule femme, j'étais la seule femme aussi sur le site de 1000 personnes qui comprenait tous les métiers du bâtiment. On m'avait proposé un hébergement, j'ai dit non, je ne dors pas ici, parce que je tiens à ma sécurité. Après, forcément, les premiers jours ils m'ont regardé en se disant: "c'est une erreur, elle va partir, ça doit être la secrétaire".

Une autre difficulté c’est qu’il n’y a pas de toilettes pour femmes, et il n’y a pas de vestiaires pour femmes. Donc voila, entre eux ils font ce qu’ils veulent, ils peuvent être sales s’ils veulent. Et j’avais pas de vestiaire, donc je venais habillée et je remettais ma salopette par-dessus donc si tu veux, quand j’enlevais mes affaires de travail, j’étais déjà habillée. Donc ça c’est quand même des grosses difficultés et ça n’a pas changé, il n’y a toujours pas de vestiaires pour femmes, ni de toilettes pour femmes aujourd’hui à l’AFPA, en tout cas à Rennes. Donc déjà, si ces conditions là ne sont pas mises en place, bon.

Ensuite, là où j’étais, tu restais neuf mois dans ce truc là, donc tu as les anciens qui sont un peu les chefs, c’est un système un peu de caïdat, les nouveaux c’est les bleus donc ils s’en prennent un peu plein la gueule. Encore plus quand tu es une femme. On se foutait de ma gueule, on rigolait de moi. Il y a eu plusieurs histoires dont une histoire, un gars qui passe à coté de moi et qui me dit: "ça va poulette?". Alors là je me suis dit, si je laisse passer ça, c’était le troisième jour, ça va pas aller. Donc j’ai pris un marteau et en gueulant je lui ai dit: "je te préviens, tu me reparles comme ça et je te balance le marteau dans la gueule". Et donc bah voila, après on ne m’a plus parlé comme ça. Après lui il m’a encore sorti des blagues mais je l’ai grillé devant ses copains donc il a arrêté. Mais c’est systématique. Tu dois toujours être en alerte, tu sais qu’à un moment donné tu peux avoir une main au cul. Tu fais ton travail mais en plus tu dois être vigilante tout le temps par rapport aux gars qui t'entourent.

Leila : Et puis il faut être meilleure aussi, il faut montrer que voila, sinon autrement...

Karine : Si en plus tu ne fais pas bien, alors là, tu te fais vraiment, t’as vraiment rien à faire là. Donc c’est vrai que la plupart, mais ça c’est assez classique, que ce soit les facs ou les formations scolaires, les femmes qui sont en électro-technique, en général elles sortent les premières parce qu’elles doivent booster à fond. Moi je suis sortie première de ma promo alors qu’il y en avait, ça faisait 20 ans qu’ils faisaient de la maçonnerie. Mais t’es obligée parce que t’es en surpression. Et c’est vrai que nous les femmes, on fait aussi dans la finition. Dans la maçonnerie, tu as le gros œuvre mais il y a aussi la finition c’est ce qui compte le plus par ce que tu peux rattraper des écarts etc. Et il faut que ça fasse beau et propre. Et donc moi ça allait. Il y a une fois, on devait faire un travail et il y en a un de l’équipe des anciens qui est venu me voir et qui m’a fait " c’est pas mal hein." Et à partir de ce jour là, il m’a serré la main, parce que je faisais bien ça donc j’étais un peu rentrée dans leur groupe, finalement une femme elle peut aussi faire ça. Enfin bon, c’était quand même une exception. Et en fait les hommes ils ont peur parce qu’ils savent qu’on sait mieux faire, c’est pour ça que dans ces métiers là ils sont souvent en train de t’écrabouiller et de t’humilier, en fait c’est leur peur à eux.

Quels projets vous avez mis en place?

Karine : On a deux pôles d'action, sur l'insertion professionnelle et sur la solidarité internationale. Sur l'aspect insertion professionnelle, on n'est pas dans l'insertion professionnelle traditionnelle, on n'est pas une institution de l'État, donc on essaie à notre manière de faire des choses. On a mis en place des ateliers d'échange de savoir, de formation et d'orientation dans des domaines qui nous intéressent qui sont l'électricité, la mosaïque et la mécanique automobile. Et en fait avec ces ateliers, on a eu un financement du Fond Social Européen qui est quand même assez conséquent sur une année, qui permet de payer les intervenantes, payer le matériel, payer le local. Ce qui permet que ce soit ouvert aux femmes gratuitement.

Sinon, on travaille aussi en lien avec des partenaires institutionnels pour aussi orienter les femmes parce qu’il y a pas mal de femmes qui viennent qui sont en recherche de trouver du taf, de sortir un peu de leur galère. Nous on essaie, grâce à nos petites portes d’entrée, de les envoyer frapper à ces petites portes d’entrée. On a autre chose qui s’appelle le catalogue de ressource et de compétence des femmes. On essaie de mettre en place en fait pour faire un espèce de catalogue des femmes qui sont électriciennes, secrétaires, artistes peintres. On pourrait le diffuser soit dans nos réseaux plus alternatifs soit auprès des institutions qui pourraient faire appel aussi à des femmes pour mettre en valeur aussi les travails des femmes.

Qui sont les femmes qui viennent vous voir?

Karine : Ce qu'on a beaucoup comme public ces derniers temps, on ne s'attendait pas du tout à ça, c'est à peu près 50% du public pour les ateliers, c'est des femmes qui ont entre 45 et 55 ans. Parce qu'elles cumulent aussi une discrimination de plus, elles sont trop âgées pour être rentables et pour être embauchées donc elles sont sur la touche. Et puis la plupart elles n'ont pas forcément de diplôme parce que quand elles étaient jeunes, elles ont fait des enfants, elles se sont occupées de leurs enfants. Et il y en a beaucoup aussi qui sont soit des femmes seules, soit des femmes divorcées.

Il doit y avoir 70% des adhérentes qui sont d’Ille-et-Vilaine ou de Bretagne. Ce qui est vachement intéressant c’est que ça brasse tous les âges. On n’a pas d’agrément Jeunesse et Sport donc on ne peut pas prendre des personnes de moins de 18 ans. La plus jeune d’entre nous elle a 21 ans et ça va jusqu’à 65 ans. C’est vraiment une réussite, il y a une vraie diversité. Il y a des RMIstes, des chômeuses de longue durée, de courte durée, des étudiantes, des kinés, des profs.

Les ateliers sont ouverts à toutes les femmes sans être forcément adhérentes. Sinon, il y a quelques militantes, mais toutes les nouvelles qui sont inscrites c’est des femmes qui nous ont connues soit sur des salons comme pour la journée des femmes, soit par l’intermédiaire de nos plaquettes, on en dépose beaucoup dans les bibliothèques, les centres sociaux, des endroits publics, ce qui fait que l’info elle circule et elles sont intéressées donc elles viennent.

Contacts :
2, rue du pré de bris
35000 RENNNES
lesbatisseusesasso@yahoo.fr

Juin 2006


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