Titre: Magazine de remise en cause des stéréotypes sexuels

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Analyse

Transexquoi?

Après le mouvement d’émancipation des femmes, et au sein d’un contexte social écoutant enfin les revendications gays et lesbiennes, les demandes émergentes du monde politique transsexuel remettent au jour une question jusqu’ici très controversée: le genre est-il un concept social, ou un simple fait de la nature?

Par Gabrielle Schnee

La transsexualité bien qu’étant un sujet peu abordé dans la sphère publique, est toujours vue comme un danger qui précarise le bon fonctionnement de l’évolution du genre. Les sociétés occidentales reconsidèrent peu à peu l’idée fantasmée d’une fixation des genres, comme autant d’entités qui ne changeraient ni n’évolueraient avec le temps. Le genre est désormais reconnu comme un élément pouvant évoluer, changer et peut-être disparaître. Les identités et les rôles associés au genre posent la question du progrès social dans les nations occidentales contemporaines, comme le débat concernant la place à donner (ou non) à l’homosexualité et aux transgenres dans nos sociétés.

Quelques éléments de définition

Il y a deux théories principales en ce qui concerne les genres: l’essentialisme et le culturalisme. Alors que le premier pose comme principe que chaque genre a une liste finie et exclusive de caractéristiques, le deuxième défend l’idée selon laquelle les cultures créent les différences entre les identités de genre et leurs rôles correspondants. Les différences biologiques ne sont plus un prétexte pour légitimer les inégalités.

Les transgenres se considèrent comme des personnes s’étant vues assignées un genre, généralement à la naissance et basé sur les appareils génitaux, mais ressentent cela comme une description fausse ou incomplète de qui ils sont. Le concept transgenre est utilisé pour une variété d’individus, de comportements et/ou de groupes en opposition ou en situation de divergence par rapport à leur rôle de genre (homme ou femme) assigné de manière définitive lors de leur naissance.

Ce concept suit l’idée d’un continuum du genre non nécessairement lié au sexe biologique.

Les transgenres incluent les catégories telles que les travesti(e)s et les transsexuel(le)s. Les travesti(e)s portent les vêtements du sexe opposé de façon quotidienne ou bien lors d’occasions festives (drag kings, drag queens peuvent être définis comme transgenres mais généralement pas comme transsexuel(le)s). Les transsexuel(le)s s'identifient au genre opposé à leur sexe assigné. Les transsexuel(le)s, hommes et femmes, effectuent ou souhaitent effectuer une transformation de leur sexe, avec quelque altération médicamenteuse de leur corps (thérapie de réassignation de genre).

La ‘dysphorie de genre’ le nom psychiatrique de la transsexualité, décrite comme un désordre mentale dans le DSM-IV (diagnostic officiel et manuel statistique des désordres mentaux). Le DSM est une compilation de tous les désordres mentaux observés par les psychiatres: aujourd’hui l’homosexualité n’apparaît pas dans la liste, mais cela n’est vrai que depuis 1984.

Thématiques controversées

Les psychanalystes et les psychiatres ont-ils diagnostiqué la transexualité comme un réel désordre mental, ou est-ce seulement une pseudo-scientifique condamnation morale?

Beaucoup de causes psychologiques pour la transsexualité ont été proposées: "mère surprotectrices et père absents", "qui voulaient un enfant de l’autre sexe", " homosexualité refoulée", etc. D’autres théories suggèrent que la cause de la transsexualité trouve ses racines dans la biologie (désordres hormonaux, personnes entre deux sexes,...). L’intérêt stratégique d’une explication biologique est qu’elle invalide toute condamnation morale basée sur la liberté individuelle. C’est-à-dire que le transgenre ne serait pas soignable. Cette stratégie vise à rendre le transgenre plus acceptable pour la société.

Les activistes des droits des transgenres contestent la rationalité de chercher une ‘cause’ à la transsexualité. Cette recherche de ‘causes’ suppose qu’il n’y ait que deux genres, bien définis et dichotomiques, et prend pour acquis a priori la légitimité d'une identité de genre normative (congruente avec l'appareil génital externe). Mais différentes cultures ont des conceptions autres du genre, quelques unes incluent trois genres, ou même plus (Indiens d'Amérique du Nord, Thaïlande,.). La relation entre sexe biologique et identité de genre change selon les cultures.

Malgré ces critiques, les experts psychiatres contrôlent le processus de transition sexuelle. Ils établissent un diagnostic très restrictif du désordre de l’identité de genre, basé sur une vision normative et traditionnelle des genres. Par exemple, un des symptômes pour les filles est "l’insistance à porter seulement des vêtements stéréotypés masculins". L’argument de ces experts est que les transsexuels sont psychotiques dans la crise et que le changement ne sexe ne saurait arrêter leur delirium (cf. L’illusion transsexuelle). En fait, ces cas sont rares et le besoin de nos sociétés d'avoir des experts pour contrôler le changement de sexe est motivé par notre anxiété à faire face à l'artificialité de notre identité de genre. Si le genre était naturel, nous n'aurions pas besoin d'experts pour l'encadrer.

Février 2006


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